14. Le Signal / Point de vue scientifique Avec Pierre Philippe, directeur de recherche à l'IRSTEA

J’ai demandé à Pierre Philippe, chercheur travaillant sur l’érosion des sols appliquée aux ouvrages hydrauliques et directeur de recherche à l’IRSTEA d’Aix en Provence son point de vue scientifique sur le Signal. Le centre d’Aix est focalisé sur les risques naturels et la vulnérabilité des écosystèmes.

Voici sa réponse et quelques installations inspirées de celle-ci :


Paradoxe 1

Le prix de l’immobilier flambe de façon vertigineuse au fur et à mesure que l’on se rapproche de la plage et que l’on accède ainsi à la fameuse vue sur mer. Jusqu’au point de non-retour où soudain tout bascule brutalement (parfois même au sens propre !) lorsque la trop grande proximité de l’eau devient synonyme de risque réel et de péril imminent … C’est un peu le mythe d’Icare revisité qu’a connu ici le Signal et qu’expérimentent également certaines  villas luxueuses et hors de prix de la côte californienne. Sur la côte atlantique, plusieurs vénérables palaces ou casinos du bord de mer sont eux aussi désormais sous la menace directe des flots et des tempêtes océaniques.

Le signal de biarritz-9709 Le signal de biarritz-9710 Le signal-Casino de biarritz-9708 Le Signal de Biarritz : Projection de la façade du casino de Biarritz lui aussi trop proche de l’océan mais toujours habité.

Paradoxe 2

Le Signal va disparaître à cause du manque de sable qui, sur la plage à ses pieds, s’érode inexorablement sous l’action de l’océan. Mais l’ironie veut que sa construction ait elle aussi contribué à la disparition du sable, celui-ci étant le constituant principal du béton (même si en France on utilise majoritairement du sable de carrière). Pour fixer les idées, il faut compter plusieurs milliers de tonnes de sable  pour construire un bâtiment comme le Signal.

Face aux besoins humains et à la croissance urbaine démesurée, illustrée notamment par le cas emblématique de Dubaï, le manque de sable se fait de plus en plus criant et sa rareté est un problème de société de plus en plus sensible, à l’instar des énergies fossiles ou de l’eau. Ces matières premières sont en effet « gratuites » et « appartiennent » de ce fait à celui qui les trouve et les exploite, entraînant ainsi des pratiques parfois scandaleuses pouvant aller jusqu’au pillage de certains rivages par de véritables mafias du sable (cf « le sable : enquête sur une disparition », documentaire de Denis Delestrac).

Le Signal / Digue : Construction d’une digue de sable devant le Signal, pour le protéger ou le faire disparaitre. Le camion a été trouvé dans la résidence.

En cas de destruction par l’homme

Le béton constituant le Signal sera peut-être recyclé. En France, le recyclage est actuellement pratiqué dans environ 25% des cas et un objectif de 70% a été fixé pour 2020 au niveau de l’Union Européenne. Le cas échéant, ce recyclage se limite en général au béton ne contenant pas d’armatures métalliques qui est alors broyé et souvent réutilisé sur place pour réaliser des remblais, pourquoi pas ici pour renforcer la route proche. Et pour répondre à Olivier Crouzel qui m’interrogeait sur l’éventualité que ce béton recyclé puisse, de façon paradoxale, servir à construire la digue de protection ayant fait ici défaut pour assurer la survie du Signal, il semble malheureusement que, dans la pratique, les ingénieurs du BTP soient encore loin de pouvoir mettre en œuvre ce type de valorisation concrète du matériau après recyclage.

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Shoot the Signal : tentative de détruire le Signal avec un balais

En cas de destruction par la nature

Le-signal-dessinPlusieurs scénarios sont envisageables et il faudrait plus de données techniques pour pouvoir trancher. Ceux-ci sont représentés schématiquement ci-dessus.

– Le processus qui semble être le plus probable serait un glissement de terrain entraînant le basculement du bâtiment et, très vraisemblablement, sa dislocation en plusieurs parties lors de sa chute. Le basculement se ferait alors du côté des terres.

– Dans l’éventualité où le sol de fondations superficielles, situé directement au-dessous du bâtiment, serait suffisamment résistant, il est possible qu’un mécanisme d’érosion interne se produise à l’intérieur du sol et au-dessous de cette couche superficielle, creusant ainsi une cavité sous l’immeuble et côté océan. L’agrandissement progressif de cette cavité finira par déclencher un basculement du bâtiment et de ses fondations superficielles. Ce basculement se ferait cette fois vers la mer, comme un dernier plongeon dans l’océan…

Dans tous les cas, la « fin du Signal » est inéluctable. Et il finira réellement les « pieds dans l’eau », tel que ses concepteurs et bâtisseurs avaient dû vendre leur projet initial, mais bien évidemment à cette époque c’était au sens figuré…

Le signal blanc-9683 Le signal blanc-9685 Le signal-Blanc-9668 Le Signal les pieds dans l’eau : reflet du Signal dans une baïne. Lorsque la marée recouvre la baïne, l’eau s’échappe violemment vers l’aval selon un système de vidange. Ce sont ces courants de « sorties de baïnes », ou courant d’arrachement, qui provoquent chaque année des accidents. Extrait Wikipedia