{"id":9008,"date":"2011-10-11T12:58:11","date_gmt":"2011-10-11T11:58:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/?p=9008"},"modified":"2017-10-13T13:48:58","modified_gmt":"2017-10-13T12:48:58","slug":"entretien-sebastien-gazeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/entretien-sebastien-gazeau\/","title":{"rendered":"Entretien par S\u00e9bastien Gazeau"},"content":{"rendered":"<p><strong>Qu\u2019est-ce qui fait que vous choisissez tel lieu plut\u00f4t que tel autre pour projeter vos images\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord dire que j\u2019ai de plus en plus de mal \u00e0 trouver des endroits pour mes projections parce que je sais de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je veux\u00a0! Je ne cherche pas seulement des supports sur quoi projeter, mais des environnements dont se d\u00e9gage une atmosph\u00e8re bien particuli\u00e8re. On doit pouvoir y sentir une certaine tension, soit parce qu\u2019ils traduisent une impression d\u2019isolement, soit parce qu\u2019ils sont abandonn\u00e9s. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des lieux dont l\u2019histoire ou la fonction sont oubli\u00e9es, ce qui laisse la libert\u00e9 de leur imaginer une autre histoire, un nouvel usage. Mais ce qui m\u2019importe le plus dans cette situation, c\u2019est de les rendre vivants et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de faire ressentir en quoi ils sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019humain. La cabane de douaniers situ\u00e9e sur la c\u00f4te sauvage \u00e0 Saint Pierre Quiberon par exemple, celle qu\u2019on voit dans les s\u00e9ries United Nation ou Campagne urbaine, \u00e9voque une pr\u00e9sence et une activit\u00e9 humaines pass\u00e9es. Le fait qu\u2019elle soit abandonn\u00e9e n\u2019annule pas son histoire, au contraire. Les lieux parlent aussi des gens qui n\u2019y sont plus. J\u2019aborde cette question, \u00e0 l\u2019envers en quelque sorte, lorsque je projette les devantures de magasins dans des lieux d\u00e9peupl\u00e9s o\u00f9, a priori, il n\u2019y a jamais eu de magasins. On peut se dire qu\u2019avant de trouver des commerces, il faut des gens. Mais on peut \u00e9galement se demander ce qui attire les gens, et donc si ce ne sont pas les magasins qui les pr\u00e9c\u00e8dent. J\u2019aime cr\u00e9er ce genre d\u2019\u00e9cart, inverser les rapports entre les lieux et les \u00eatres humains.<\/p>\n<p><strong>Jusque dans son titre, Campagne urbaine trouble l\u2019identit\u00e9 des espaces en transposant la ville \u00e0 la campagne. \u00c0 croire que la nature, qui a longtemps \u00e9t\u00e9 le milieu privil\u00e9gi\u00e9 de vos projections, ne se distingue plus vraiment de la ville&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Il me semble au contraire que les villes et les campagnes se diff\u00e9rencient de plus en plus. Mais on est de moins en moins capable de voir la nature. On la regarde par rapport \u00e0 la ville. Pour ma part en tout cas, je ne sais plus la voir en tant que telle. Quand je suis dans un coin de for\u00eat en Dordogne, je me dis que je ferais mieux d\u2019apprendre \u00e0 chercher les champignons plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 essayer de projeter mes images\u00a0! Pour les vieux de l\u00e0-bas, qui me connaissent parce que j\u2019y suis n\u00e9, je suis devenu le citadin, le touriste. J\u2019aime la nature, elle me fait du bien, mais je ne la connais pas comme ces gens la connaissent. Certains font des ballades en for\u00eat pour rester en contact avec la nature, moi c\u2019est par le biais de la vid\u00e9oprojection que je maintiens le lien.<\/p>\n<p><strong>Peut-on parler d\u2019un lien affectif, voire nostalgique avec ce \u00ab\u00a0monde perdu\u00a0\u00bb ? Galinat par exemple, qui est le village de votre enfance, appara\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement dans vos s\u00e9ries\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9server ou raviver des endroits abandonn\u00e9s ne m\u2019int\u00e9resse pas. Je ne cherche pas \u00e0 emp\u00eacher le processus de transformation\/disparition \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce village comme dans beaucoup d\u2019autres. Ce qui m\u2019int\u00e9resse en revanche, c\u2019est d\u2019utiliser Galinat comme atelier de travail. Mon int\u00e9r\u00eat pour cet endroit est en r\u00e9alit\u00e9 plus topographique qu\u2019affectif. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 y projeter parce que j\u2019en connais tous les recoins. Ce que je cherche \u00e0 faire depuis quelques ann\u00e9es maintenant, c\u2019est de poursuivre mon travail ailleurs.<\/p>\n<p><strong>On vous pose souvent cette question\u00a0: pourquoi vid\u00e9oprojeter vos images et les photographier ensuite, au lieu de les cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces sur ordinateur\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord pour ce rapport physique dont je viens de parler, cette mani\u00e8re d\u2019entrer en contact avec l\u2019environnement o\u00f9 je me trouve. Sans cette exp\u00e9rience, je ne pourrais pas faire ces images. \u00c7a n\u2019appara\u00eet peut-\u00eatre pas \u00e0 ceux qui les regardent, mais moi, je sais que le froid, l\u2019humidit\u00e9 ou la fatigue conditionnent leur r\u00e9alisation et ce qu\u2019elles peuvent transmettre. Il y a une autre raison qui justifie \u00e0 mes yeux cette mani\u00e8re de faire\u00a0: c\u2019est l\u2019intrusion r\u00e9elle des images dans l\u2019espace public. \u00c7a permet de rendre visible une certaine r\u00e9alit\u00e9. En projetant la vitrine d\u2019un magasin Cartier sur un mur de Galinat, je rends \u00e0 cette marque la dimension qu\u2019elle occupe effectivement dans les magazines qu\u2019on trouve aussi dans les maisons de Galinat. Cartier est r\u00e9ellement \u00e0 Galinat\u00a0! La vid\u00e9oprojection permet de prendre la mesure de cette pr\u00e9sence qui occupe notre imaginaire et induit une certaine mani\u00e8re de regarder le monde. Cette intrusion r\u00e9elle de l\u2019image produit une incidence effective sur les rapports que nous entretenons avec notre environnement. Les gens qui ont assist\u00e9 \u00e0 mes vid\u00e9oprojections pourraient en t\u00e9moigner. Les publicitaires aussi, quoique avec d\u2019autres intentions\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00c7a ressemble \u00e0 une lutte de territoire\u00a0entre images dans l\u2019espace public ?! Une forme de d\u00e9nonciation, peut-\u00eatre\u00a0?\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Mes images traduisent un point de vue sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui. Je ne cherche pas \u00e0 d\u00e9noncer quelque chose, ni \u00e0 dire que c\u2019est triste ou mal. Ce que je montre &#8211; et c\u2019est peut-\u00eatre ce qui donne le sentiment que j\u2019essaie de faire passer un message, c\u2019est l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de certaines situations. Cette ambivalence est propre \u00e0 notre \u00e9poque, au fait que tout se superpose et se m\u00e9lange. Une boutique Chanel au milieu d\u2019un champ, est-ce aujourd\u2019hui r\u00e9ellement si surprenant ?\u2026 Tout cela part d\u2019un constat auquel je ne suis pas suffisamment comp\u00e9tent pour ajouter une analyse soci\u00e9tale ou politique. Ce que je peux dire, c\u2019est que la communication et la publicit\u00e9 envahissent nos espaces publics et intimes. Et que cela ne nous rend pas tr\u00e8s inventifs dans nos d\u00e9sirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Propos recueillis par S\u00e9bastien Gazeau \u00e0 Bordeaux le 15 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019est-ce qui fait que vous choisissez tel lieu plut\u00f4t que&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5191,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[201],"tags":[],"class_list":["post-9008","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publication","post-grid"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Campagne-urbain-atelier.jpg","wps_subtitle":"D\u00e9cembre 2011","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9008","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9008"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9008\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10504,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9008\/revisions\/10504"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5191"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9008"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9008"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oliviercrouzel.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9008"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}