Des digues et des hommes Maison du Fiers d’Ars – île de ré

Installation vidéo
2 vidéos face-à-face
20 min. En boucle
Maison du Fier d’Ars, île de ré, France
2020-2021

DES DIGUES ET DES HOMMES
Une installation vidéo et sonore entre (ou entremêlant) arts et sciences

Le projet DIGUES, de médiation scientifique, s’appuie sur une collaboration entre une scientifique et un artiste. Les marais côtiers de Charente-Maritime sont leurs terrains. La géographe Anne Gassiat et l’artiste Olivier Crouzel y ont rencontré entre 2019 et 2020 une vingtaine d’acteurs (dont 9 sur l’île de Ré) au cours d’entretiens semi-directifs afin de récolter leurs points de vue face à l’élévation du niveau de la mer. Ils ont sillonné, à pied, à vélo, le marais de Brouage et de Tasdon sur le continent, et le marais du Fier d’Ars au nord de l’île de Ré. Chacun avec son matériau, des entretiens et des vidéos, a poursuivi son processus de travail : retranscription et analyse thématique des entretiens pour la scientifique, classement et montage des vidéos pour l’artiste. Toute cette matière a nourri une œuvre hybride impliquant une double approche, artistique et scientifique. Un pas de côté sur la façon de faire : de la science pour l’une, de l’art pour l’autre. 
Cette installation vidéo et sonore n’est ni un documentaire, ni une œuvre d’art. Elle peut être considérée comme un nouveau savoir où la connaissance s’exprime sensiblement dans l’œuvre, avec un côté science et un côté art. Plus évidente pour l’art que pour la science, cette sensibilité ouvre sur la complexité du monde qui nous entoure et découvre l’invisible.

Que devient la nature quand le niveau de la mer monte ?

L’objectif du projet DIGUES est de proposer des éléments de compréhension et de contemplation. Observer autrement la place que l’homme laisse à la nature dans ses aménagements.
Les digues illustrent notre relation au monde, avec leurs faiblesses et leurs forces. Elles reflètent la façon dont les hommes sont à la fois capables de mettre la nature à distance, en élevant des murs, et de la prendre en considération en lui réservant des espaces dédiées, comme la Réserve de Lilleau des Niges. Entre les marais et la mer, il existe un entre-deux, véritable interface entre l’homme et la nature : les digues.

Contexte

Avec le changement climatique, le niveau de la mer va monter progressivement. Les littoraux sont menacés. Or de tout temps l’homme a gagné des espaces sur la mer, par la création de polders, souvent en dessous du niveau de la mer. Pour les protéger, des stratégies de défense ont été mises en œuvre, basées sur la construction de digues et d’ouvrages afin de gérer les niveaux d’eau. Les marais littoraux, cultivés pour la plupart, ont depuis le Moyen Age (11ème siècle) fait l’objet d’une attention particulière, permettant une valorisation singulière par le sel tout d’abord, puis bien plus tard par l’aquaculture (huîtres, moules, gambas, algues) dans les marais restés salés, ou par l’agriculture et l’élevage dans les marais devenus doux, isolés de la mer.
Tous les marais côtiers charentais ont été salants à une époque, seuls ceux de l’île de Ré ont résisté au temps. Leurs structures en bosses et en creux continuent partout de marquer les paysages. Tous également sont encore protégés de la mer par des digues, qui font tellement partie du paysage qu’elles en ont été presque oubliées. Beaucoup d’attention a été portée à la réhabilitation des villages, peu à l’entretien des digues. Elles s’élèvent pourtant sur plus des deux tiers de la centaine de kilomètres de côte de l’île. Avec le temps, elles se fragilisent. Envahies par la végétation, fissurées, nombreuses sont devenues orphelines. Aujourd’hui, les marcheurs, les cyclistes, les amoureux de la nature marchent, roulent, rêvent en cheminant dessus. Quelques initiés bénévoles manœuvrent, par passion, les pelles à la mer (écluses) pour faire entrer ou sortir l’eau de mer et protéger les marais. Sans eux, une partie du nord de l’île serait sous l’eau.
La tempête Xynthia en 2010 a révélé la fragilité des digues, les politiques publiques s’en sont inquiétées. Un plan Digue existe au niveau départemental, ainsi qu’un plan d’actions et de prévention des inondations (PAPI) et un plan submersions rapides (PSR) au niveau de la communauté de communes de l’Île de Ré. Le département de la Charente-Maritime avec l’aide de l’Etat prend en charge la reconstruction ou le renforcement des digues de l’île : au Nord, une partie des digues de Loix et des Portes en Ré, celles des Doreaux à Saint-Clément des Baleines et du Boutillon entre Ars et la Couarde sur mer.

La scientifique : Anne Gassiat, géographe, INRAE, Cestas, Gironde, France
L’artiste : Olivier Crouzel, artiste, Bègles, Gironde, France

Avec l’appui de Sophie Poirier, autrice pour les textes, Sophie Robin, actrice pour la voix, 
et Bertrand Cypryk, pour le mixage studio et l’enregistrement.

En association avec Sylvie Ferrari, économiste, Gretha, Université de Bordeaux (appui scientifique) 
et la LPO, la Réserve de Lilleau des Niges et la Maison du Fier (soutien technique)
Un projet financé par le LABEX COTE, de l’Université de Bordeaux dans le cadre du programme « Investissement d’avenir »
Ce travail poursuit le projet RENATURE, financé par l’Idex de l’Université de Bordeaux 
dans le cadre du Festival Arts et Sciences, FACTS 2019
Merci à Clémence Dedinger (doctorante en Économie à INRAE), à Nathalie Long 
(géographe; LIENSS Université de La Rochelle) et Clarisse Cazals (économiste, DU ETBX, INRAE) 
pour avoir complété les entretiens dans le cadre du projet PAMPAS.

Merci à tous les acteurs et aux moments qu’ils nous ont consacrés 
pour nous faire découvrir leurs marais à l’île de Ré et ailleurs.