Le Signal Soulac-sur-Mer

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Le Signal, construit en 1967, à Soulac-sur-mer, est menacé par l’érosion. Le 8 décembre 2014, un arrêté préfectoral oblige les résidents à évacuer définitivement leurs appartements. À l’abandon, l’immeuble est vandalisé.
Depuis le mois de décembre 2014, mon travail sur Le Signal se décline en plusieurs installations, nourries des événements successifs, des données scientifiques récoltées, et de son délabrement continu. Ce projet se terminera avec sa destruction.


Prises de vues photos et vidéos
Le Signal – Soulac-sur-mer
Novembre 2014


Ici on a été heureux
Photographie
Novembre 2014

Première projection sur le Signal (façade côté rue) : phrase photographiée dans un des appartements.

Le signal-1659


Rideau
Vidéo
Novembre 2014

Projection sur l’immeuble (façade côté océan) : rideau au vent à travers une fenêtre fracturée d’un appartement.


18 rideaux
Installation vidéo (vue d’atelier)
Janvier 2015

Projection à taille réelle de 18 fenêtres d’appartements du Signal.


Coefficients 117
Vidéo
Février 2015

Grande marée, avec sifflement du vent à travers les fenêtres.
Prise de son dans le Signal.


120 battements de cordes
Vidéo
Projection sur l’immeuble (façade côté océan) Le Signal, avec claquements d’une drisse sur un mât.
Prise de son sur la digue de la plage de l’Amélie.


46 fois l’été
Installation
Février 2015

Installation : lampe de chevet, chaise, trouvées dans un appartement du Signal.
Projection : vue sur l’océan à travers une fenêtre brisée d’un appartement du Signal.
Diffusion : texte de 46 fois l’été, enregistré  écrit et lu par Sophie Poirier.


Entretien
Installation (vue d’atelier)

Installation : Balai et planning d’entretien trouvés dans les parties communes du Signal.
Projection : action de balayer les cages d’escalier du Signal abandonné.

Le signal-entretient-BD-3871


Bienveillance
Photographie
Février 2015

Projection sur Le Signal (côté dunes) : feuille d’annonce trouvée dans le hall du bâtiment.

Le signal-entretient-BD-7828


Marée du siècle
Installation
21 mars 2015

« En 2015, nous sommes dans une année particulière car il y a une succession de marées aux coefficients proche de 120, le maximum. On appelle ces années «les marées du siècle». Mais c’est un terme abusif, car ces «marées du siècle» se produisent environ tous les 18 ans. »
Patrick Santurette, chef de la division marine et océanographie à Météo France

Installation in situ :
– Pendant la « marée du siècle », de 5h15 du matin au lever du soleil sur l’immeuble côté océan, à Soulac-sur-Mer, samedi 21 mars.
– 2 vidéoprojecteurs, 2 enceintes 2000 w
– Projection d’une vidéo : mouvements de rideaux de 18 fenêtres d’appartements du Signal
– Diffusion bande-sonore du texte 46 fois l’été écrit par Sophie Poirier.

Captation Marée du siècle ©Olivier Crouzel 21 03 2015

Presse :
Le Signal, dernier feux / Sud Ouest – 20 mars 2015 – par Martin Thévenot
A Soulac, Le Signal attend la marée du siècle tout en art / Rue 89 – 20 mars 2015 – par Walid Salem
Le jour où la résidence du Signal a été transformé en oeuvre d’art / Invisible Bordeaux – 26 mars 2015 – par Tim

Merci à Marie Leroy (Festival F & MER) qui nous a aidés et accompagnés lors de cette résidence « sauvage » à Soulac-sur-Mer ainsi qu’aux nombreuses personnes qui sont venus si tôt le matin.


Le Signal de Biarritz
Photographie
Juillet 2015

Projection d’une image du casino de Biarritz (soumis aux mêmes risques d’érosion du littoral que Le Signal)
Inspirée par les points de vue scientifique, de Pierre Philippe, directeur de recherche à l’IRSTEA d’Aix en Provence, spécialisé sur l’érosion des sols appliquée aux ouvrages hydrauliques. Le centre d’Aix est focalisé sur les risques naturels et la vulnérabilité des écosystèmes.

« Premier paradoxe : Le prix de l’immobilier flambe de façon vertigineuse au fur et à mesure que l’on se rapproche de la plage et que l’on accède ainsi à la fameuse vue sur mer. Jusqu’au point de non-retour où soudain tout bascule brutalement (parfois même au sens propre !) lorsque la trop grande proximité de l’eau devient synonyme de risque réel et de péril imminent … C’est un peu le mythe d’Icare revisité qu’a connu ici le Signal et qu’expérimentent également certaines  villas luxueuses et hors de prix de la côte californienne. Sur la côte atlantique, plusieurs vénérables palaces ou casinos du bord de mer sont eux aussi désormais sous la menace directe des flots et des tempêtes océaniques. »

Le signal de biarritz-9709


Le Signal / Digue
Vidéo
Juillet 2015

Construction d’une digue de sable devant le Signal, pour le protéger ou le faire disparaître. Camion trouvé dans l’immeuble.

« Le Signal va disparaître à cause du manque de sable qui, sur la plage à ses pieds, s’érode inexorablement sous l’action de l’océan. Mais l’ironie veut que sa construction ait elle aussi contribué à la disparition du sable, celui-ci étant le constituant principal du béton (même si en France on utilise majoritairement du sable de carrière). Il faut compter plusieurs milliers de tonnes de sable pour construire un bâtiment comme le Signal. Face aux besoins humains et à la croissance urbaine démesurée, illustrée notamment par le cas emblématique de Dubaï, le manque de sable se fait de plus en plus criant et sa rareté est un problème de société de plus en plus sensible, à l’instar des énergies fossiles ou de l’eau. Ces matières premières sont en effet « gratuites » et « appartiennent » de ce fait à celui qui les trouve et les exploite, entraînant ainsi des pratiques parfois scandaleuses pouvant aller jusqu’au pillage de certains rivages par de véritables mafias du sable (cf « le sable : enquête sur une disparition » documentaire de Denis Delestrac). »

 


Ce travail se poursuit. La dernière installation sera liée à sa destruction.
À ce jour (février 2018), Le Signal de plus en plus vandalisé est toujours là.
Concernant sa disparition, deux hypothèses expliquées par Pierre Philippe :
– Destruction par la nature

Le-signal-dessin« Plusieurs scénarios sont envisageables et il faudrait plus de données techniques pour pouvoir trancher. Ceux-ci sont représentés schématiquement ci-dessus.
– Le processus qui semble être le plus probable serait un glissement de terrain entraînant le basculement du bâtiment et, très vraisemblablement, sa dislocation en plusieurs parties lors de sa chute. Le basculement se ferait alors du côté des terres.
– Dans l’éventualité où le sol de fondations superficielles, situé directement au-dessous du bâtiment, serait suffisamment résistant, il est possible qu’un mécanisme d’érosion interne se produise à l’intérieur du sol et au-dessous de cette couche superficielle, creusant ainsi une cavité sous l’immeuble et côté océan. L’agrandissement progressif de cette cavité finira par déclencher un basculement du bâtiment et de ses fondations superficielles. Ce basculement se ferait cette fois vers la mer, comme un dernier plongeon dans l’océan…
Dans tous les cas, la « fin du Signal » est inéluctable. Et il finira réellement les « pieds dans l’eau », tel que ses concepteurs et bâtisseurs avaient dû vendre leur projet initial, mais bien évidemment à cette époque c’était au sens figuré… »

– Destruction par l’homme (ici, liée à des décisions de justice)
« Le béton constituant le Signal sera peut-être recyclé. En France, le recyclage est actuellement pratiqué dans environ 25% des cas et un objectif de 70% a été fixé pour 2020 au niveau de l’Union Européenne. Le cas échéant, ce recyclage se limite en général au béton ne contenant pas d’armatures métalliques qui est alors broyé et souvent réutilisé sur place pour réaliser des remblais, pourquoi pas ici pour renforcer la route proche. Et pour répondre à Olivier Crouzel qui m’interrogeait sur l’éventualité que ce béton recyclé puisse, de façon paradoxale, servir à construire la digue de protection ayant fait ici défaut pour assurer la survie du Signal, il semble malheureusement que, dans la pratique, les ingénieurs du BTP soient encore loin de pouvoir mettre en œuvre ce type de valorisation concrète du matériau après recyclage. »

 

Le signal-Blanc-9668 Le Signal – juillet 2015