Olivier Crouzel va chercher ses images là où elles se trouvent, dût-il se rendre en Grèce, au Vietnam, dans le Médoc ou le Cantal. Là où sa curiosité le porte, là où parfois on l’invite. Pas de création chez lui sans cet élan et cette rencontre avec un lieu, un paysage, les personnes qui y vivent, dont il tire la matière première de ce qu’il mettra en forme par la suite. Une précision qui s’impose étant donnée l’époque : ses images ne sont pas récupérées sur internet ou générées par un système d’intelligence artificielle. Elles proviennent d’un déplacement réel et physique.
J’ajoute : elles ne sont pas composées à l’aide de calques, ce procédé embarqué dans les logiciels de traitement d’images numériques, lesquels écrasent les nuances et produisent des aplats de pixels. Les siennes, et plus particulièrement les plus récentes, sont réalisées en projetant des vidéos ou des photographies en haute définition sur des photographies d’égale qualité. Cette façon de faire s’apparente à la technique de la peinture à l’huile qui, une couche après l’autre, lui donne son épaisseur, sa vibration, sa profondeur. Et je remarque que de plus en plus il fabrique lui-même ses supports quand il avait pour habitude, à ses débuts, de les projeter sur une falaise ou une façade déjà là.
Mais laissons la technique de côté pour regarder de quelle manière ses œuvres prennent place dans un lieu ou un paysage. On dirait qu’elles s’y incrustent, avec une délicatesse qui évoque la marqueterie. Elles font corps avec l’environnement et créent parfois une ouverture. Ou une fenêtre si l’on préfère, qui donnerait à voir par-delà ce qui se trouvait là et qui s’écarte au profit d’un autre paysage, d’un autre point de vue, un mélange de souvenirs et de visions.
Après tout, ce que l’on voit n’est jamais qu’une représentation de ce qui est, une image produite par notre cerveau et notre imagination. Cette faculté qui nous est commune, Olivier Crouzel sait la mobiliser avec une générosité dont il faut dire un mot. Le plaisir qu’il éprouve en diffusant ses vidéo-projections va avec celui qu’il sait provoquer chez les autres, publics prévenus ou passants surpris de découvrir ses installations lentement transfigurer la nuit. Il y a de la jubilation chez lui à transformer le monde avec un peu de lumière et à partager la magie de cette opération. Enfantin, ce mouvement n’est pas pour autant naïf. Ses sujets en témoignent, souvent graves bien que traités avec douceur, existentiels pour le moins. C’est la mer qui avance et les êtres humains qui s’effacent dans leur solitude, l’horizon qui s’échappe, les montagnes qui s’effritent. Les paysages tanguent et les certitudes vacillent. Qu’importe puisqu’il nous reste la possibilité de regarder le monde avec intensité et de se mêler à lui. D’éprouver – grâce à ses œuvres contemplatives – une forme de présence inédite.
Sébastien Gazeau
Directeur de Documents d’Artistes Nouvelle-Aquitaine
2026
Image : Intérieur du White beach, 2026