Transhumance paysagère Saint-Flour 03.07 > 20.09.26

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Biennale d’art contemporain de Saint-Flour
Du 3 juillet au 20 septembre 2026
https://biennale-saint-flour-communaute.fr

J’entreprends la rédaction de ce texte alors qu’Olivier Crouzel revient de Saint Flour. Il y est allé faire des repérages en vue de l’installation qu’il présentera lors de la biennale. Il m’a proposé de me raconter ce qu’il comptait y montrer durant l’été mais j’ai préféré qu’il ne me dise rien. Je sais qu’avec lui tout est susceptible d’évoluer jusqu’au dernier jour. Quoi de plus normal avec un artiste, qui plus est lorsqu’il crée à partir de son corps et de ce qu’il ressent au contact des lieux ? Et puis je ne voulais pas faire croire qu’en lisant ces lignes on puisse cerner ses œuvres – la plupart vidéo-projetées et monumentales – alors qu’il importe d’en faire l’expérience. Je vais toutefois essayer de dire ce que m’inspire sa démarche, ce à quoi sa recherche me donne accès et pourquoi elle me touche.

Olivier Crouzel va chercher ses images là où elles se trouvent, dût-il se rendre en Grèce, au Vietnam, dans le Médoc ou le Cantal. Là où sa curiosité le porte, là où parfois on l’invite. Pas de création chez lui sans cet élan et cette rencontre avec un lieu, un paysage, les personnes qui y vivent, dont il tire la matière première de ce qu’il mettra en forme par la suite. Une précision qui s’impose étant donnée l’époque : ses images ne sont pas récupérées sur internet ou générées par un système d’intelligence artificielle. Elles proviennent d’un déplacement réel et physique.

J’ajoute : elles ne sont pas composées à l’aide de calques, ce procédé embarqué dans les logiciels de traitement d’images numériques, lesquels écrasent les nuances et produisent des aplats de pixels. Les siennes, et plus particulièrement les plus récentes, sont réalisées en projetant des vidéos ou des photographies en haute définition sur des photographies d’égale qualité. Cette façon de faire s’apparente à la technique de la peinture à l’huile qui, une couche après l’autre, lui donne son épaisseur, sa vibration, sa profondeur. Et je remarque que de plus en plus il fabrique lui-même ses supports quand il avait pour habitude, à ses débuts, de les projeter sur une falaise ou une façade déjà là.

Mais laissons la technique de côté pour regarder de quelle manière ses œuvres prennent place dans un lieu ou un paysage. On dirait qu’elles s’y incrustent, avec une délicatesse qui évoque la marqueterie. Elles font corps avec l’environnement et créent parfois une ouverture. Ou une fenêtre si l’on préfère, qui donnerait à voir par-delà ce qui se trouvait là et qui s’écarte au profit d’un autre paysage, d’un autre point de vue, un mélange de souvenirs et de visions.

Après tout, ce que l’on voit n’est jamais qu’une représentation de ce qui est, une image produite par notre cerveau et notre imagination. Cette faculté qui nous est commune, Olivier Crouzel sait la mobiliser avec une générosité dont il faut dire un mot. Le plaisir qu’il éprouve en diffusant ses vidéo-projections va avec celui qu’il sait provoquer chez les autres, publics prévenus ou passants surpris de découvrir ses installations lentement transfigurer la nuit. Il y a de la jubilation chez lui à transformer le monde avec un peu de lumière et à partager la magie de cette opération. Enfantin, ce mouvement n’est pas pour autant naïf. Ses sujets en témoignent, souvent graves bien que traités avec douceur, existentiels pour le moins. C’est la mer qui avance et les êtres humains qui s’effacent dans leur solitude, l’horizon qui s’échappe, les montagnes qui s’effritent. Les paysages tanguent et les certitudes vacillent. Qu’importe puisqu’il nous reste la possibilité de regarder le monde avec intensité et de se mêler à lui. D’éprouver – grâce à ses œuvres contemplatives – une forme de présence inédite.

Sébastien Gazeau



Transhumance paysagère

Transhumance paysagère s’inspire de trois formes de mouvement qui traversent le Cantal : géologique, énergétique et climatique. Les chaos granitiques de l’Aubrac mettent des millions d’années à sortir de terre, lentement dégagés par l’érosion et l’attraction gravitationnelle des astres. Il y a 70 ans, la mise en eau des barrages du Cantal a créé de nouveaux paysages en quelques années à peine : transferts de bassins versants, engloutissements de vallées, lacs de barrages. Aujourd’hui, face au réchauffement climatique, les arbres migrent lentement vers des zones plus fraîches.

Inspiré des transhumances animales, ce travail s’empare de ces trois temporalités pour imaginer des déplacements fictifs et symboliques d’éléments du paysage Cantalien : déplacer la cascade de Giou Giou jusqu’au lavoir de Rézentières, faire migrer le gros hêtre du Chaylat dans un pré de Saint-Urcize, transporter un clapas de pierres de granite de l’Aubrac au pied des orgues basaltiques de Saint-Flour.

À travers deux interventions vidéo, un film et des photographies, ce travail s’inspire des dynamiques de la Terre, capable de déplacer des forêts, des lacs et des montagnes, et de produire d’immenses énergies, sur des temps infiniment longs ou extrêmement courts, pour s’adapter aux actions humaines.

Création réalisé en Résidence sur les communes de Saint-Flour, Rézentières et Saint-Urcize.
Commissariat : Christian Garcelon
Création boites photographiques : Bonsens


INTERVENTIONS VIDÉO
Projections vidéo sur le lavoir de Rézentières et dans un pré en friche à Saint-Urcize.
12 min., en boucle.

Extrait filmé de l’intervention vidéo sur le lavoir de Rézentières, 19 juin 2026
Extrait filmé de l’intervention vidéo dans un pré en friche à Saint-Urcize, 20 juin 2026

FILM TRANSHUMANCE PAYSAGÈRE
Film, 6 min.

Film réalisé à partir d’un dispositif composé d’un vidéoprojecteur et d’une caméra, installés dans un véhicule, côté passager. Le camion roule et je projette le gros hêtre du Chaylat, la cascade de Giou Giou et le clapas de granite sur les bas-côtés des routes du Cantal, allant de Rézentières à Saint-Urcize, en passant par Saint-Flour. Durant le trajet je m’arrête, et prend des photographies de ces superpositions paysagères.


INSTALLATION PHOTOGRAPHIQUE
3 photographies issus du film, installées à Rézentières, Saint-Flour et Saint-Urcize.
Caisse en bois avec QR-code pour visionner le film Transhumance paysagère

Installation photographique, Rézentières
Installation photographique, Saint-Flour
Installation photographique, Saint-Urcize